les tabous
Difficile de ne pas être au courant, mercredi dernier le ministre d'état, de l'intérieur, de l'ump, de Neuilly et surtout de lui-même, était chez Denisot sur canal+. On a beaucoup parlé de connivence entre politique et journalisme, surtout depuis une certaine couverture, mais, bizarrement ou non, peu du fond, c'est-à-dire du discours d'un bonhomme qui a quand même des chances de devenir notre leader maximo dans presque un an.
Moi, il y a quand même une petite phrase (bon d'accord, plusieurs, mais faut choisir ses sujets) qui m'a fait sursauter assis : son "je n'ai pas de tabou". En apparence, c'est très joli, limite 68ard, "il est interdit d'interdire", etc. Mais si on réflechit un peu, peut-être que ce n'est pas si inoffensif que ça...
Qu'est-ce qu'un tabou, au fond ? Il y a un siècle, Freud en faisait le titre de son bouquin sur la religion, essai d'application de la psychanalyse à la sociologie voire à l'anthropologie... Le tabou apparait alors comme le ciment des sociétés humaines, référence "en creux" commune autour de laquelle se construit la communauté. Exemple typique du tabou chez Freud : l'inceste (on sait que c'est sa petite obsession à lui). Qu'on soit d'accord ou pas avec les théories freudiennes, je pense qu'on s'accordera sur le fait que le tabou est en tous cas la base sur laquelle se fonde toute morale, quelle qu'elle soit (laïque ou religieuse).
Or donc, qu'est-ce qu'implique Monsieur S. lorsqu'il annonce qu'il n'a pas de tabou ? Qu'il n'a pas de morale ? Qu'il renonce à cimenter cette communauté nationale dont il prétend pouvoir prendre la responsabilité ? Je laisse chacun à sa réponse...
Ecrit par bluenote, le Samedi 4 Mars 2006, 17:37 dans la rubrique "pensées".

